Plateforme du protestantisme de liberté et de progrès

Éditorial du N° 5 – Juillet 2026

Partager cet article :

« J’ai le souci de me mettre à l’unisson de la nature, bien plus que de la copier ».

Le peintre Georges Braque décrit avec nuance sa relation à ce qu’on appelle nature comme un partenariat entre l’être humain doué de raison et son milieu de vie. Un environnement qui ne se laisserait pas saisir en soi mais qui n’existerait que de façon relationnelle, donc relative.

Du point de vue de l’humain, il n’existe qu’une idée de nature, celle qu’il élabore en tissant son réseau de relations au milieu dans lequel il vit, mais aussi en imaginant les milieux dans lesquels il ne vit pas et qui l’intriguent.

Ainsi, ce qu’on appelle nature fait-elle partie de nous en même temps que nous faisons partie d’elle.

Cette position insaisissable de la nature en fait une notion plastique, que nous modelons au gré des besoins de la pensée. De l’idée de création dans la Bible, où Adam le glaiseux doit s’extirper du chaos originel pour devenir humain à l’homme naturel recherchant son originelle nature, en se débarrassant de ce que la civilisation aurait dénaturé en lui, c’est toujours du point de vue humain que se dresse le portrait de la nature. Les idéologies et les institutions, qui utilisent cette idée pour justifier leurs affirmations, oublient souvent de définir ce que c’est que la nature et se servent de cette notion de façon fallacieuse pour justifier leur morale, leur autorité ou leur emprise.

On pourrait reprocher à ce nouveau numéro de Libre-croyant-e de ne pas avoir traité plus directement des questions écologiques dans un dossier consacré à la nature. C’est que l’idée de nature n’est pas la science qu’est l’écologie, et il aurait fallu, souvent, que les sciences qui utilisaient l’idée de nature comme opératrice des mécanismes qu’elles étudiaient, ne soient pas dupes de la fiction qu’elle représente.

Fiction fautive parfois, quand elle est invoquée pour dire comment l’être humain doit vivre selon sa supposée nature. Dame nature n’est pas meilleure qu’une autre, elle a servi durant des siècles les théories les plus conservatrices en sciences, en politique ou encore en théologie.

Sans doute les arts constituent-ils le champ d’action où elle est la plus intéressante car alors elle révèle des vérités qui, comme elle, ne se laissent saisir que de manière symbolique.

La nature serait-elle un art de vivre à l’unisson de notre milieu ?

Picture of Béatrice Cléro-Mazire
Béatrice Cléro-Mazire
Pasteure de l’Église protestante unie à l’oratoire du Louvre et rédactrice en chef de Libre-croyant.e
Partager cet article :

Vous venez de lire librement un article de librecroyant-e.com. Nous avons choisi l’ouverture à tous et la gratuité totale, mais ce site à un coût et il ne peut se financer que par votre don. Chaque euro contribuera au partage de ces lectures.

Vous pouvez également nous suivre sur les réseaux sociaux, via les icônes ci-dessous

S'abonner à la newsletter